Au sein d’une même maison Simon de Cyrène, on peut prendre son petit-déjeuner auprès d’Emmanuel, hémiplégique*, avant de l’aider à s’habiller et de se brosser les dents. On peut prendre l’apéro avec Louis, jouer aux cartes, perdre parce qu’on l’a aidé à tricher, puis le soulever en lève-personne pour le mettre dans son lit car il est en fauteuil roulant. Être accompagnant de vie ou Responsable d’Habitat Partagé (RHaP), c’est cohabiter avec les personnes que l’on soutient ; et cela peut interloquer. Voici 3 préjugés sur la vie commune réfutés par les employés.
Préjugé #1 : « J’ai peur de vivre isolé, coupé du monde citadin »
Un rungissois confie : « Les habitants de Simon de Cyrène ? Mais bien sûr ! Ils font partie intégrante de la ville, nous les voyons régulièrement dans notre quotidien : à la boulangerie, au théâtre, à la médiathèque… ». Le point d’orgue de l’association étant de rompre la solitude, l’emplacement des communautés est souvent pensé pour être à proximité des centres, des commerces, des lieux d’intérêt. Ce n’est pas « loin des yeux, loin du cœur ».

Préjugé #2 : « Le métier d’accompagnant se borne à des tâches qui sont ménagères et répétitives »
Alors que Thomas met la table en roulant avec son fauteuil, Karina accompagnante le laisse faire. Ici on ne fait pas « pour », on fait « avec ». Car l’objectif fondamental est de faire des choses communes pour faire gagner en autonomie les habitants. « J’adore ce travail. Je ne fais jamais la même chose. Je peux aussi bien cuisiner que faire de l’administratif, puis discuter avec un habitant de ses joies, de ses peines. Ici, la communauté se concerte et organise la maison, ensemble. » Partager un toit, c’est aussi partager des moments hors du temps. Quentin, accompagnant de vie à Gaudia, Dijon : « Il nous arrive de faire des afters avec tout le monde, on danse dans le salon, on boit un verre… Ce sont les instants de fête que j’apprécie particulièrement. » Avec émotion, il poursuit : « Ces personnes m’apportent beaucoup au quotidien. Ils m’ont appris la patience, la bienveillance. Ils ont conscience de ce qu’on fait pour eux, et ils nous le rendent. Une fois, nous avions monté un meuble avec une habitante, et elle a discrètement glissé à ma porte des madeleines pour me remercier. »

Préjugé #3 : « Les maisons de l’association sont des institutions médicales »
« C’est drôle, je m’attendais à un établissement type hôpital ou EHPAD, mais c’est en fait une vraie maison avec salon, cuisine…Et l’ambiance qui va avec ! » s’exclame une jeune femme après une séance de projection du documentaire Les Habitants**. En effet, mis à part les barres pour se soutenir dans les couloirs et quelques meubles adaptés, l’aspect médical ne ressort que très peu sous les dessins et les photos des colocataires. Les soins étant dispensés par des professionnels de santé externes, les salariés et locataires des maisons aident « les habitants » aux actes essentiels de la vie quotidienne (douche, repas, aide à la toilette…). Même si avoir au préalable une formation dans le domaine médico-social est bienvenu, les reconversions sont possibles. Hasan, accompagnant de la maison Belvédère à Rungis : « J’enchainais les petits boulots : restauration, usine… Puis je suis arrivé ici et j’ai été formé dès le premier jour pendant les six premiers mois. J’étais un peu craintif sur la manière de faire, la posture à avoir. Au fil de mon apprentissage, j’ai gagné en confiance et je connais maintenant les besoins de chacun. Comment Virginie aime qu’on la coiffe par exemple ! ».
*Se dit d’une personne atteinte d’une paralysie totale ou partielle du corps à cause d’une lésion du cerveau ou de la moelle épinière.
**Film documentaire réalisé par Louis-Julien Petit et produit par J2F et CANAL+, disponible en streaming sur la plateforme de la chaîne.